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BLOG  DE  LILOU

BLOG DE LILOU

POUR UNE SPIRITUALITÉ SANS RELIGIONS.... POÉSIE + PLAISIR VISUEL DES PHOTOS DE NOMBREUX VOYAGES


le poète et le pirate

Publié par Lilou sur 10 Janvier 2014, 13:57pm

Catégories : #A méditer

Pour 2014, soyons un peu pirate de la vie, sortir des sentiers battus pour être source de créativité et un peu poète pour porter les rêves les plus fous…

 

 

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une parabole provenant des terres d’origines, du côté de Tyr, la capitale phénicienne de l’époque …


Il était une fois un érudit parmi les érudits, pauvre certes de bien mais riche de liens, un éminent poète voyageur troubadour des anciens temps. Ur (se prononce Our) était son nom, et il avait des talents de conteur aussi, car il emportait son auditoire dans la profondeur des choses avec simplicité et humour, cherchant la voie de la douceur. Sa parole était une source de vive, il retournait les grincheux comme des galettes.

Il était vraiment pauvre : il avait tâté de plusieurs métiers mais accepta l’évidence : quoi qu’il fasse, seuls la poésie, le savoir, la pratique de la sagesse et des contes étaient son capital et prospéraient. Toutes les autres tâches tenaient du naufrage… Alors que faire sinon voyager, être celui qu’il était pour partager, donner de ses savoirs et de ses mots enchanteurs…

Un jour, il arriva à pied dans un port de la Méditerranée et s’embarqua à bord d’un navire marchand vers les pays du Maghreb. Les jours en mer se déroulaient sous la chaleur bienveillante du soleil et des étoiles. Mais une nuit, sous le halo inquiétant de la lune, dans un mélange de cris et de bruits de lutte, le bateau fut pris à l’abordage par des pirates !

A l’aube, leur cher parla d’une voix dure aux marchands et prisonniers alignés sur le pont. Il était laid, amoché par une vie dissolue, mais ses yeux parlaient de sa rage de vivre, ses yeux brillaient d’une vivacité hors du commun…

- Voyons si vous avez de quoi acheter vos vies ! Videz moi vos sacs, vos malles, vos poches, tout jusqu’aux vêtements ! Pas de quartier sinon !

Un marchand de tissus fut allégé de sa cargaison et jeté à la mer pour pauvreté manifeste ! Un banquier donna tout son or mais ce ne fut pas suffisant et fut aussi jeté à la mer ! Dix autres marchands suivirent le même chemin, l’océan et ses Abymes… Les condamnations expéditives fusèrent, entrecoupées de rires secs et du partage du butin !

Il ne resta plus que notre ami savant poète conteur de mots…

Alors le chef des pirates l’interpella :

- Qu’as-tu à nous proposer à part tes livres de chevet et on vieux châle ?

- Je crains que rien de ce que je peux vous offrir ne vous plaise… Mes trésors sont faits d’une matière qui ne chante qu’aux pirates de l’esprit…

-… ?

- A l’eau, qu’on l’égorge ! hurlèrent les pillards !

- La ferme ! fit le chef. Il me plaît, il a du cran : faut bien qu’on s’amuse un peu aussi hé hé hé… Alors dis-moi… Es-tu… un de ces pirates de l’esprit ?

- Oui.

- En quoi ça consiste ?

Ur le poète avait constaté que l’éclat des yeux de braise du chef croissait encore… Malgré son métier de pillard, sa curiosité pour l’âme humaine était intacte et Ur se demanda quelle quête se cachait derrière ce regard rapace en apparence…

- Cela consiste à savoir mourir comme on a vécu, en poète. Et le poète s’avança sur le pont et récita un conte, prêt à sauter dans les profondeurs.

- Un instant ! hurla le chef ! Dis-moi, pirate de l’esprit, as-tu en toi de bonnes charades ! J’en connais énormément ! Je sais le prix des choses ! Je peux voler tout l’or de tous les navires mais es termes de l’esprit ont une valeur inestimable que ma main seule ne saurait atteindre. Tu peux interroger mes gars, je donne cher, à chaque escale, pour qui déposera dans ma cervelle de bandit fier une devinette digne de ce nom ! Colle-moi, épate le connaisseur que je suis et tu auras la vie sauve !

Ur devait trouver l’énigme imparable, immédiatement. Il fit le silence en lui comme pour allonger le temps, tandis qu’un minuscule Ur visitait ses souvenirs à la vitesse de la lumière. Il sourit enfin, il l’avait trouvé…

- C’est un champ de bataille sans terre, sans cris, aucun sang n’est versé ! C’est un roi sans prince ni sceptre, c’est une reine sans bijoux, sans robe soyeuse, ce sont des chevaux sans cavaliers et des cavaliers sans armes, les valets sont sans pieds, les bouffons y sont muets, et les tours des châteaux n’ont pas de fenêtres… Qu’est-ce que c’est ?

Le chef des pirates ordonne qu’on traite Ur tel un invité de marque, qu’il puisse se reposer et qu’il soit nourri à sa guise. Le chef s’assit à l’écart et toute trace de dureté s’effaça de son visage. On eût dit un enfant qui cherchait à résoudre un problème. Le bruit alentour ne l’atteignait plus, il était tout à ses réflexions… La nuit vint, il était toujours là, les yeux au ciel, la bouche en coeur. La nuit passa, la matinée. Encore une nuit… En fin d’après-midi de la deuxième journée de réflexion, il appela le conteur-poète et avoua sa défaite.

-Raconte ?

- Le champ de bataille sans terre, sans cris, et aucun sans versé, c’est l’échiquier. Tous les autres, le roi sans princes, la reine sans bijoux, les valets sans pieds, les bouffons muets et les tours sans fenêtres, ce sont tout simplement les pièces du jeu…

- Le pirate secoua la tête avec admiration. Le lendemain, il déposa le sage sur la côte et lui fit cadeau d’une bourse pleine mais pleine de richesses !

Notre ami poète des mots, conteurs d’histoire et savant de l’esprit Ur savoura la vie qu’il aima tant et déclama en regardant le bateau s’éloigner :

«  Si j’avais des ailes de colombe, je volerai sans une halte »

 

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