Un homme désirait connaître la Vérité. Il s’adonna d’abord aux plaisirs, avec méthode. Il rechercha les jouissances, les sensualités, et les enchantements que renferme le monde, s’initia à l’alchimie des senteurs, des couleurs, des sons et des saveurs. Il explora le raffinement, la légèreté, les voluptés, apprit à déguster les vins les plus délicieux, à savourer les mets les plus fins, à donner et à recevoir les caresses les plus exquises. Où la vérité se trouvait-elle ?
Il voyagea aux quatre coins du monde, rencontra les prêtres et les chamans, les sorciers, les mages et les magiciens, les astrologues, les envoûteurs et les devins, les sages et les thaumaturges auxquels le monde a donné naissance. Mais il ne trouva auprès d’eux que des bribes de vérité. Rien qui pût les satisfaire vraiment. Il s’en retourna chez lui un peu déçu, mais riche d’un savoir : il n’y a de vérité nulle part.
Bien qu’il n’eût pas trouvé la Vérité, il continua cependant à chercher. Sans plus bouger de chez lui, il étudia toutes les religions, poursuivit toutes sortes d’ascèses, pria, loua et exhorta tous les dieux dont on lui avait parlé lors de ses voyages. Un jour, il cessa toutes ces pratiques. Il était un peu déçu, mais riche d’un savoir : il n’y a aucune évidence concernant Dieu.
Il était maintenant parvenu à son vieil âge.
Quelle était donc la Vérité en ce monde ? Le jour de son soixante-dixième anniversaire, il se rendit compte qu’il s’était toujours trompé… Il avait cru chercher la Vérité, mais en fait, il s’était évertué à trouver des certitudes. Il savait maintenant qu’il n’y a de certitude nulle part.
Au seuil de la mort, il trouva enfin une vérité : l’incertitude est le donné fondamental de la vie, sa force dynamique, son espace de liberté, la source de jouissance et la racine de toute spiritualité…