De notre périple au Maroc , je retiens des odeurs , des saveurs, mais surtout des rencontres , notamment des femmes . Il n'est pas aisé pour un homme de s'approcher des femmes musulmanes, seul mon âge m'a autorisé quelques audaces . Les codes relatifs aux relations entre sexes sont simples , les hommes ont une vie sociale , des dizaine des copains, ils adorent parader aux terrasses des cafés , certes sans boire d'alcool, souriants, volubiles, excentriques , tirés à quatre épingles , affublés de leur indispensable portable (j 'ai des doutes que ce soit pour les urgences de Bobonne ), ils s'embrassent entre eux, se donnent de grandes tapes , et le cas échéant, viennent présenter leur dernière née à leur auditoire( sans madame la mère de l'enfant of course). les femmes restent au foyer , au mieux s'autorisent elles (où sont elles autorisées) à se réunir entre voisines . Il est impensable pour eux d'amener leur bergère au café , mais la présence de mon épouse (occidentale) à la terrasse du bistrot , ne les perturbe en aucune manière , certains viennent même montrer leur crête de coq vaniteux , et lui souhaiter la bienvenue au Maroc. Quand bien même un de ces machos obscurantistes , moins misogyne que ses congénères, viendraient à aimer un peu sa femme , et à penser qu'elle prendrait plaisir à partager ce moment de chaleur humaine au café avec lui, le regard de désapprobation des copains le dissuaderait illico presto.
Oser parler de cela n 'est pas facile là bas, mais ce n'est pas à l'approche de mon demi-siècle que je vais tourner ma langue sept fois dans la bouche avant de parler , j'ai donc assez souvent émis une opinion , et bien évidemment, la religion et la tradition m'ont été asséné comme argument ultime et inébranlable .Heureusement, j'ai pu rencontré quelques femmes .
A Tinghir en pays berbère, nous avons logé chez Soufien , membre de Hospitality club, et sa famille . Nous avons été touchés particulièrement par Nadia, sa soeur aînée , qui a 24 ans , illettrée . Une de ses reflexions nous a bouleversés . Indiquant à la famille que je reviendrais au maroc en avril prochain avec ma fille Alena , et que je séjournerai de nouveau chez eux, Nadia a répliqué , avec un naturel désarmant , surtout ne lui dis pas que je suis bête. Nous sommes restés interloqués . On a réussi à convaincre cette fille, sous le pretexte qu'elle ne sait ni lire ni écrire , qu'elle était bête . Soufien affirme qu'elle a été à l'école , mais n'apprenait rien , je pense quant à moi qu'on a pas du insister lontemps pour l'éduquer, il est étonnant que l'illétrisme ne frappe que les femmes dans la famille . Soufien est un garçon intelligent, étudiant à l'université d'Agadir , mais son raisonnement en ce domaine est primitif .
Il est difficile aux humains de sacrifier des privilèges auxquels ils croient avoir droit, surtout quand les institutions et le Coran les confortent dans leurs certitudes . Comment les convaincre qu'eux aussi y gagneront à ce que leurs compagnes s'affirment. Ils remplaceront la crainte par l'amour et la compréhension.
A Marrakech, ville de tous les excès , où des européens blasés viennent chercher de nouveaux paradis artificiels, Salma a été un rayon de soleil . Cette fille dégaine des sourires comme une arme absolue. Salma se moque des apparences et avance son petit bonhomme de chemin , ses amis sont essentiellement des garçons mais elle ignore ostensiblement les regards amoureux de ces derniers . Pour elle , les gars marocains sont de fabuleux amis, de piètres amoureux et d'excécrables maris. Elle rêve d'occident , difficile de lui dire les difficultés d'intégration dans nos sociétés où la xénophobie s'insinue ostensiblement dans les crânes, où les racistes , sous couvert de choc des civilisations ,osent désormais vomir de façon feutrée des démonstrations laissant entendre que musulmans et chrétiens n'ont rien à faire ensemble . En quittant Salma, je lui ai embrassé la main, signe de mon affection mais aussi de notre impuissance à lui proposer des lendemains qui chantent.
Nous avons pris l'habitude , même si nous voyagons à deux, de ne pas nous asseoir ensemble dans les bus , dans un premier temps, pour avoir quelquefois le privilège d'avoir deux places pendant un petit moment, mais au Maroc, au fil des arrêts, les bus sont souvent complets . Avantage de courte durée pour nos jambes , mais opportunité excellente pour engager la conversation avec un voisin ou une voisine. Entre Marrakech et Safi, une jeune fille s'installe près de moi. A peine assise, elle sort un livre d'apprentissage de l'anglais, bon moyen pour mézigue d'entamer la conversation . Elle finance ses études , en travaillant dans un hôtel où elle est garde d'enfants pour touristes fortunés, cependant, vu la diversité de la clientèle, il lui faut absolument maîtriser la langue de Shakespeare. Elle est berbère, très mignonne , sur ce que je peux en juger, elle s'obstine d'ailleurs à enfermer sous un voile noir une chevelure quelque peu récalcitrante . Elle est petite, menue( un modèle miniature) et parle d'une voix douce, avenante , mais déterminée. En deux heures de voyage , elle évoque sa vie et ses ambitions . A l'heure de se séparer , et contre toute attente de la part d'une jeune fille de 20 ans, elle propose que nous allions le lendemain chez elle , pour partager la rupture du jeûne avec sa famille . Je lui demande donc son numéro et portable et lui promet de l'appeler . je rie sous cape en pensant qu'il m'avait fallu attendre un âge presque canonique pour obtenir en deux heures le numéro de téléphone d'une jeune fille. Cependant, je me console en évoquant le fait que les portables n'existaient pas dans ma jeunesse et qu'il fallait passer un obstacle assez souvent rédhibitoire pour parler à une Dulcinée de mon temps, au mieux..............sa mère, au pire.................son père. La fin de mon "idylle" avec Hanane ( c'est le nom de ma conquête) est moins réjouissante . En effet , je l'ai appelé plusieurs fois le lendemain, elle m'a toujours répondu gentiment , mais en retardant la rencontre, pretextant que son père était à la mosquée, ou d'autres excuses . En réalité, cette fille a eu l'audace de nous inviter, en pensant sans doute qu'elle pouvait se permettre ce geste d'hospitalité qui fait la fierté de la culture berbère, mais sa famille a dû lui rappeler les règles de bienséance d'une jeune fille musulmane à l'égard d'un homme . Mon épouse pense qu'elle aurait du nous rappeler et s'excuser,. Quant à moi, je l'ai pris à la légère, en ayant l'intime conviction que cette jeune fille avait honte et n'avait pas eu le courage de faire ce geste . J'aurai aimé l'appeler,pour lui dire que je ne lui en voulais pas, mais mon absence d'organisation m'a fait égaré le numéro de mon éphémère princesse berbère.
Lors de mon précédent voyage au maroc en janvier, j'ai pris le bus à la gare routière d'El Jadida , en direction de Safi . Le bus était en retard et je tâchais d'obtenir une information , où fallait-il attendre .je demandai à une jeune femme qui patientait aussi , et qui , le hasard faisant bien les choses , allait aussi à Safi . C'est ainsi que j'ai rencontré Hassna , une jolie enseignante de 37 ans. Nous avons discuté pendant les 3 heures de route et 150 kms plus tard, je lui ai demandé son numéro de portable , promettant d'appeler quand je serai de retour en France.
Je suis resté deux jours à Safi chez Hicham , mon correspondant '"Hospitality club'" devenu depuis lors un ami très cher , et le lendemain, en circulant en ville, une femme s'avança vers moi pour me saluer , je n'ai pas reconnu Hassna au premier coup d'oeil, la veille, elle était en pantalon et chemisier, ce jour là, elle revêtait une tenue plus traditionnelle, plus en accord avec les préceptes du Coran, je me dis que le fait de revoir "par hasard", Hassna , n'était pas tout à fait le fruit du hasard, mais qu'Allah, dans sa grande miséricorde, avait bien voulu donner un coup de main au destin, au nez et à la moustache de quelques barbus enturbannés qui psalmodient les 100 noms du divin , pour acheter un paradis qu'ils ne méritent guère.
Il est des gens qu'on rencontre une fois , dans un bus, un train, et au bout de quelques heures, vous connaissez plus de leur vie , et eux de la vôtre, que d'autres que vous croisez quotidiennement depuis des lustres. Nous avons revu Hassna en Septembre , et ce fût de nouveau un très joli moment,le plaisir simple de discuter, de se promener . Qu'Allah te protège , petite Hassna , et te délivre , comme d'autres femmes marocaines, du carcan religieux que veulent vous imposer les patriarches , détenteurs du dogme.
Dieu est grand , Mahomet est son prophète , et la femme marocaine , son avenir.......inch 'Allah
Dominique ( octobre 2007 )