Il s’assit près du vieil homme et lui dit : je suis père à présent.
Le vieil homme lui dit : qu’est-ce que c’est être père ?
Il lui répondit :
Mettre au monde un enfant qui naît d’une union.
Mettre un toit sur ce cadeau.
Veiller au pain quotidien.
Regarder et faire grandir.
Porter, pleurer, aimer, être proche.
Le vieil homme lui dit :
Tout cela est utile. Il ne te manque donc que le gratuit…
Le père s’en alla en se demandant ce que le vieil homme voulait dire.
Avec l’enfant, il lança donc des cailloux dans le ruisseau que l’eau engloutit en dessinant des ronds sur sa surface. Il construisit des cabanes que le vent détruisit. Il grimpa sur la montagne et lui apprit le nom des fleurs que l’enfant oublia aussitôt. Il dessina sur le sol des plans de jeux qu’ils jouèrent à deux et que les mois effacèrent…
Bien plus tard, des années s’écoulèrent, le père vint encore s’asseoir près du vieil homme et l’enfant était avec lui. Ils avaient un air réjoui. Le père demanda :
Que nous manque-t-il d’autre ?
Il leur répondit :
Les terres du plaisir vous relient.
La gratuité ouvre des chemins.
Ce qui semble inutile touche à l’essentiel, et permet les traversées de l’avenir.
Chaque fois que l’un de vous aura mal, il saura désormais vers qui se tourner…